
"Ah ouais? Je ressemble à François Cluzet?"
« Rudes sont le ciel et la terre qui traitent en chiens de paille la multitude d'êtres. Rude est le sage qui traite le peuple en chien de paille. »
Et on termine enfin par un monument de Sam Peckinpah que j'ai découvert pour la première fois ce week-end: Straw Dogs (aka Les chiens de paille) avec Dustin Hoffman.
David, mathématicien américain, vient habiter avec sa femme dans l'arrière pays anglais pour se concentrer sur ses recherches en mathématique. Il engage des jeunes du village pour réparer la ferme. Ces derniers tourmentent le couple, mais David, partisan de la non-violence, reste passif. Cela s'intensifie lorsqu'ils attaquent la ferme après qu'il a pris la défense d'Harry Niles l'idiot du village qui est accusé de meurtre. L’architecture morale d’un homme soucieux de calme et de bien-être vole soudainement en éclats. Face à des tueurs déchaînés, il devient un loup parmi les loups, la bestialité latente des personnages ne demande qu’à s’extérioriser à la moindre étincelle. David développe son intelligence au service de sa survie ; retranché il élabore des pièges qui font de lui l’égal de ses assaillants. Ses convictions non violentes sont détruites, sa répugnance à tuer enfouie à tout jamais par les actes qu’il va commettre. David tout en se défendant contre cette déferlante de cruauté découvre ses possibilités et distille à son tour l’équivalent de ce qu’il reçoit.
Quelle claque....mais quelle claque. Je ne sais pas pourquoi, je n'avais jamais osé m'attaquer à ce classique des 70's, la raison principale étant que Peckinpah est un des rares cinéastes à avoir un énorme impact émotionnel sur moi lorsque je regarde ses films: "La horde sauvage" par exemple est toujours solidement ancré en moi alors que je ne l'ai jamais revu depuis mes 13 ans!
Ca, c'est pour le pathos. Pour Straw Dogs, quel tableau réaliste, quelle puissance malsaine! Nous ne sommes pas dans le tout manichéen, que ce soit au niveau de la peinture du couple principal, de la vie sociale villageoise ou encore des réactions de la femme de David pendant LA scène du film: la désormais fameuse scène du viol...Entre peur panique et envie de s'échapper, elle cède finalement et se soumet à son bourreau non sans un certain plaisir. Une scène vertigineuse, mettant en lumière les problèmes intimes du couple et notamment un doute sur la virilité du personnage campé par Hoffmann. Hoffman, venons-y justement. L'acteur sort de deux performances énormissimes: Little Big Man et The Graduate. Il décide alors de faire un choix innattendu et de jouer dans un véritable film de genre: il livre une nouvelle fois une composition dantesque! Il faut le voir se transformer en l'espace de 2mn, passant d'un démocrate américain scientifique (donc, à l'opposé de la bigotterie, ce qui sera admirablement bien démontré par Peckinpah en une seule scène!), en une véritable machine à tuer utilisant son intelligence pour libérer ses instincts les plus primaires. Le scénario du film est en fait appuyé par les écrits d'un anthropologue, Robert Ardrey, African Genesis et The Territorial Imperative dont la thèse principale est que les comportements humains sont motivés par des instincts animaux: il ne s'agit pas d'un rape & revenge classique, ni d'un domestic thriller, tout cela est bien plus subtil...
A l'image de la dernière scène et de la dernière ligne de dialogue du film (David roule en rase campagne avec Harry Niles. Niles lui dit "je ne sais plus où j'habite". David lui répond: "Moi non plus", dans un grand sourire), David est "libre". La part "raisonnement" et la part "instincts" cohabitent désormais....
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